Jordan Homps

Jordan HOMPS
Professeur de Physique-Chimie
Lycée Docteur Lacroix Narbonne
Lauréat 2013 – Tuteur 2018

Destiné au personnel de la Fondation, mon ancien jury, mon ancien tuteur, en particulier Isabelle Sabatier et Madame la Présidente Marie-France Marchand-Baylet.

 

 

Objet : Un grand remerciement d’un lauréat en fin d’études et en début de carrière professionnelle voulant témoigner de son aventure Dépêche pour informer les concernés de qui je suis, où j’en suis, aussi grâce à vous.

Bonjour aux personnes qui liront cette lettre qui raconte mon histoire avec vous. Je tenais à réaliser cette démarche alors qu’aujourd’hui, j’entre dans la vie active pour exercer un beau métier, celui de professeur au sein de l’École de la République, dans mon domaine de passion depuis ma sortie du lycée : la Physique-Chimie.

Ce moment si important de l’orientation en Terminale, où un petit mail d’un proviseur informant sur une fondation finançant les jeunes de sa région, pour garantir l’égalité des chances aux enfants issus de milieu défavorisé, mais qui ont le potentiel de transcender le déterminisme social, si on leur en donne la chance. Je crois que ce proviseur ne sait pas l’aide que cela m’a apportée, maintenant que je me retrouve à faire de même pour mes élèves de Terminale, dans un contexte aussi dur que la pandémie de la COVID.  

Je me rappelle ma mère me motivant à m’inscrire pour le dossier de bourse de la Fondation, me disant l’importance de pouvoir financer ses études. Étant le premier, toutes générations confondues, dans ma branche familiale, à aller au-delà du BAC, ayant juste avant bénéficié du dispositif des « Cordées de la réussite » tout le long de ma scolarité au lycée, je connaissais le principe de ce genre de dispositif, je me suis dit « pourquoi pas, je n’ai rien à perdre et tout à gagner dans cette affaire ».

En voyant le nom de la Fondation, qui s’appelait encore en ce temps « Fondation Dépêche » avant l’agrandissement de la région, la première chose qui m’est revenue, c’est ma professeure d’Histoire-Géographie, qui nous a offert les livrets de Jaurès en 4ème fait par La Dépêche. Ce Monsieur Jaurès que Madame la Présidente cite souvent avec passion, conviction et humilité me touchant toujours profondément lors des soirées de la Fondation.

Le hasard m’a fait naître à Castres, sa ville de naissance, un 31 Juillet 1995, ce 81ème département de la République française, 81 ans jour pour jour après l’assassinat de ce professeur militant de la paix, de l’égalité pour tous, ce laïque convaincu, dont cette année, nous avons redécouvert sa lettre « aux instituteurs et institutrices », grâce à La Dépêche, même si c’était dans des circonstances tragiques qui m’ont pesé pour une première année dans le métier.

« Il faut leur montrer la grandeur de la pensée ; il faut leur enseigner le respect et le culte de l’âme en éveillant en eux le sentiment de l’infini qui est notre joie, et aussi notre force, car c’est par lui que nous triompherons du mal, de l’obscurité et de la mort. » Jean Jaurès.

Ces mots qu’un professeur, comme je souhaite devenir, peut faire sa devise, on peut dire qu’ils font partie intégrante de votre Fondation et j’ai vraiment retrouvé cela au cours de mon parcours avec vous.

Je me souviens de ce mois de juillet 2013 après l’obtention de mon BAC Scientifique spécialité SVT option Physique-Chimie obtenu avec mention bien, un projet en tête de rentrer en classe préparatoire PCSI au Lycée Déodat de Séverac de Toulouse souhaitant devenir en ce temps-là ingénieur chimiste ou chercheur en chimie.

Je me vois dans cette grande Ville Rose, capitale régionale, qui me paraissait tellement lointaine, immense pour le petit tarnais campagnard que j’étais, ma mère stressée pour trouver la « Manufacture des Tabacs », où avaient lieu les oraux de la Fondation, dont j’avais eu la chance d’être présélectionné.

Puis entrant, guidé par ses lauréats en polo rouge aux couleurs de La Dépêche, Isabelle étant ma première interlocutrice que je ne connaissais pas encore mais depuis merci pour toutes nos rencontres, qui m’explique le déroulé, me rassure, me permet d’aller dans la cour avec ma mère pour attendre mon tour, sans savoir vraiment ce qui m’attend, car je n’avais jamais passé d’oral de ce type avec un jury de professionnels, ce qui me stressait beaucoup.

Cette cour où on rencontre d’autres candidats … Je me souviens de cette future lauréate de ma promo avec sa grand-mère qui voulait faire de la « chaudronnerie d’art » en Bretagne. Je trouvais ça formidable, on aide des bacs généraux, des bacs professionnels, des bacs technologiques sans distinction, à part le fait d’avoir un projet, de s’en donner les moyens, en fait on aide des jeunes à envisager leurs rêves, construire leur avenir.

Là, on vient me chercher, je monte dans cette salle commune, où sont disposés des journaux. Je me souviens de ma mère qui me disait « souviens-toi de ce que tu sais du journal, son histoire, les jours de parutions … ». Une mère qui veut vraiment bien faire tout simplement.

Vient à ma rencontre Erwan, un des lauréats des années précédentes qui me dit « je vais te conduire à ton jury », puis ce conseil formidable : « Laisse tes notes de côté avec ton jury, il n’aime pas ça, sois toi-même et tout se passera bien ».

J’attends devant cette porte, je ne sais plus si c’était le jury 6 ou 3, puis on me dit de rentrer et de m’installer, deux hommes, une femme pour de grands souvenirs. Je n’oublierai jamais ce moment avec eux trois, cela m’a construit, car on ne m’avait jamais autant questionné, même sur les fragilités de ma vie, où j’ai pu me confier sans filtre à des inconnus, car je me suis senti en confiance face à tant de bienveillance, et je vous ai retrouvé à chaque événement avec une gratitude sans borne.

 

Puis viendra ce magnifique moment de la soirée annuelle de ma promotion 2013, où j’ai pu rencontrer tous les lauréats qui ont eu la même chance que moi, rencontre avec mon formidable tuteur André Girou (tout à droite sur la photo), choisi spécialement par Monsieur Chaptal, un membre de mon jury, sachant qu’il allait bien fonctionner avec moi, ça n’a pas loupé.

Je n’ai plus de ses nouvelles, aujourd’hui, malgré de nombreuses tentatives de contact, mais je peux dire qu’André était une personne inspirante, « un chimiste de l’eau » comme il disait. Il ne mâchait jamais ses mots, mais il était un passionné convaincu, m’a accompagné, tellement partagé, un livre vivant, d’ailleurs son épouse que j’ai pu rencontrer était tout aussi inspirante. Je tiens à les remercier encore et encore pour tout ce qu’ils m’ont apporté.

 

De même cette rencontre avec mon « Parain » de promotion Thien Nguyen. Pour le petit castrais passionné de chimie qui connaît très bien l’entreprise « Pierre Fabre », la force de ce groupe pharma comme son ADN de valeurs, qui permet à mon bassin géographique de naissance de pleinement se développer économiquement, j’avais l’impression d’être en plein rêve lors de notre discussion.

Une autre rencontre qui aujourd’hui fait encore plus sens pour le professeur que je deviens, Madame la Rectrice Hélène Bernard. Je sais que vous n’êtes malheureusement plus parmi nous, je n’ai pas les mots face à votre grande accessibilité, votre gentillesse qui peut manquer à d’autres, sur cette conversation concernant ma note de Philosophie du Bac, mes incompréhensions à ce moment-là. Vous m’avez raconté avoir vécu la même chose à mon âge. Cette conversation reste vivace à mon esprit, même si les personnes partent, les souvenirs restent et vous faites partie de moi.

Pour finir, la dernière grande rencontre ce soir-là fut ce magnifique discours de Madame la Présidente que je découvre pour la première fois, qui va me toucher au plus profond de moi-même. Puis ça se reproduira les nombreuses fois où j’ai eu la chance d’assister à ces soirées annuelles, les soirées des vœux annuels ou pour les soirées concerts organisées par la Fondation.

Vraiment merci pour tous ces mots, ces grands moments riches en émotions Madame la Présidente. On ne se rend pas compte sur l’instant de ce qui nous est donné ni même avec le recul et la maturité de ce qui est transmis en termes de valeurs universalistes, de générosité ou de solidarité.

Vous n’imaginez pas la fierté de ma maman présente, lors de mon passage sur scène ce soir-là, qui je sais est admirative de tout ce que vous faites avec la Fondation.

D’autres personnes que j’ai rencontrées à la Fondation, qu’il me faut absolument remercier, qui sont aussi du milieu éducatif : Marie-Claude Petersen et Annie Pennarun ma coordinatrice de promotion. Je peux dire que vous êtes un duo inoubliable, avec qui j’ai partagé des moments gourmands ou des fous rires qui me permettent encore de bien sourire rien qu’en évoquant ces souvenirs.

Puis le temps passe. Les études avancent, l’histoire de la vie aussi et on passe de lauréat à tuteur en 2018, ce que je voulais absolument faire en retour de ce que j’avais reçu.

Merci à la Fondation pour cette chance supplémentaire.

Je peux dire que j’ai une lauréate en or, je tiens à remercier Énora, car c’est mon premier pas réel vers le métier de professeur. Suivre une jeune personne dans son parcours, puis la voir réussir, c’est le plus beau cadeau que l’on peut recevoir, aussi infime soit l’aide que l’on a pu fournir.

 

Merci à sa coordinatrice pour son suivie aussi, Madame l’Inspectrice Michèle Doerflinger avec qui j’avais passé un excellent repas en compagnie de mon tuteur et ma mère aux vœux de la Fondation en 2014, si elle se souvient de moi.

Je tenais à réaliser ces remerciements, raconter cette petite histoire, qui au final s’étale sur déjà 8 ans, car cette année se terminera mon rôle de tuteur, viendra le départ pour moi de cette magnifique région Occitanie, car je suis muté pour ma première année de titulaire dans l’Académie d’Aix-Marseille.  

De Castres à Toulouse, puis de Toulouse à Montpellier, cette année de Montpellier à Narbonne, je peux dire que cette région natale est vraiment riche, la Fondation en incarne l’âme dans sa façon de fonctionner, d’aider les jeunes de cette terre de Jaurès à franchir les portes de leurs rêves est une ambition à perpétuer, je suis heureux d’en avoir été le fruit et de voir fleurir aussi la génération d’Énora à son tour.

Je tenais aussi à vous dire que l’année dernière, on m’a diagnostiqué un handicap. Je suis atteint de Trouble de l’Attention Avec Hyperactivité (TDAH), un handicap qui a pesé tout le long de ma vie avec du recul sans que je ne le nomme, donc en plus de m’avoir permis de réussir face à mes difficultés d’environnement social ou familial, vous m’avez permis sans le savoir de compenser ce handicap invisible.

Donc la Fondation correspond pour moi aujourd’hui encore plus à ce beau mot d’inclusion dans la société et d’égalité des chances. Je pense que toutes les personnes qui contribuent donc à cela doivent savoir l’impact qu’ils peuvent avoir sur une vie, en tous cas sur la mienne, c’est incontestable, donc merci.

Je finirais par ces mots d’Albert Einstein que j’aime tant : « La valeur d’un Homme tient dans sa capacité à donner et non dans sa capacité à recevoir. »

Je peux dire que j’ai énormément reçu, alors je vais donner autant que possible dans mon métier désormais que j’exerce, car un jour vous avez su offrir sa chance au petit tarnais que je suis.

Mars 2021