Ella Doherty

En cette rentrée 2020, Ella Doherty intègre un Master 1 recherche Littératures du Monde, études comparatistes, recherche en ethnomusicologie. En parallèle de ses études, elle est engagée auprès de l’Association Azmari. Bénévole motivée, elle nous explique les missions de l’association mais aussi son engagement auprès d’elle.

Je suis devenue bénévole de l’association Azmari en 2018 pour participer à l’animation et la création d’ateliers d’expression orale tous les dimanches après-midi.

Azmari est une association parisienne qui œuvre pour l’insertion sociale des femmes migrantes et de leurs enfants en France. Implantée à la Maison des Femmes du 12ème arrondissement, cette association propose des cours de français de niveau A1 et A2, des cours d’alphabétisation, des ateliers d’expression orale et des sorties culturelles tous les premiers dimanches du mois. Sa particularité repose sur le fait qu’elle s’adresse exclusivement aux femmes et assure une garde d’enfant en parallèle de chaque cours ou séance d’atelier. Sa non-mixité répond à un besoin pour certaines femmes arrivant en France de trouver un espace de libre parole rassurant et valorisant. En effet, les femmes migrantes sont plus exposées aux discriminations de sexe, d’origine ou de pratiques culturelles et religieuses dans leurs parcours de vie et de migration. Les chiffres de Gynécologie Sans Frontière estiment que 70% des femmes migrantes ont subi des violences et/ou abus sexuels dans leur vie. C’est pour s’adapter à cette réalité que l’association Azmari a été conçue il y a quatre ans dans le but d’aider en particulier les femmes. La garde d’enfant mise en place pendant les cours tend également à permettre aux apprenantes de venir s’affirmer en tant que femmes et non en tant que mères. C’est cette double conscience des difficultés traversées par les migrants mais aussi par les femmes qui m’a donné envie de participer aux actions de cette association. Etudiante en Lettres et Arts à l’Université et en musique au Conservatoire, je cherchais comment je pourrais utiliser mes apprentissages pour m’engager dans une cause qui me tenait à cœur. Les ateliers du dimanche répondaient à toutes ces attentes. La transmission de la langue d’une part et la pratique orale des ateliers d’expression d’autre part m’ont permis d’explorer certains de mes outils d’études.

Chaque atelier est encadré par deux ou trois bénévoles et se construit autour d’un thème de la vie pratique comme par exemple se présenter, faire ses courses, se déplacer dans Paris et utiliser les transports, réagir face à une situation d’urgence, le logement ou encore la vie politique en France. Les séances durent trois heures et se déroulent en deux temps : une partie centrée sur le vocabulaire de la semaine, qui s’appuie sur des fiches-vocabulaire imagées et un deuxième temps qui laisse place au jeu, à l’expression et à la créativité. Chaque semaine, une bénévole prépare et conduit un atelier en imaginant comment mettre en pratique de manière dynamique le thème abordé. La musique, le théâtre, le dessin, la cuisine, ou encore les jeux de sociétés interviennent dans la transmission de la langue pour animer les discussions et faciliter l’apprentissage du vocabulaire. En plus de se montrer très efficace pour éveiller la mémoire et l’assimilation de la langue, cette approche du français participe à la création d’un groupe entre les apprenantes et les bénévoles. Le lien social et le partage de bons moments assurent alors une continuité dans le suivi des femmes accompagnées par l’association. Aussi, le premier dimanche de chaque mois est dédié à une sortie culturelle au musée, au jardin des plantes, au cirque, ou encore au théâtre. Ces sorties sont l’occasion d’étendre l’insertion sociale au-delà des murs de la Maison des Femmes et d’accompagner les apprenantes et leur(s) enfant(s) dans la vie culturelle parisienne.

Au cours de mon engagement, j’ai le sentiment d’avoir autant appris que transmis, en me confrontant à la réalité que beaucoup d’hommes et de femmes vivent en arrivant en France et en me questionnant avec les autres bénévoles sur les meilleures manières d’orienter nos actions pour les intégrer au mieux dans notre pays. Azmari est une association très jeune qui a été créée entre autre par une étudiante. Elle est alors encore aujourd’hui en constante évolution et construction, pour chercher à toucher un public toujours plus grand et étendre la transmission tout en assurant sa totale gratuité (nous finançons les tickets de métro de nos apprenantes pour qu’elles puissent venir assister à chaque cours sans se soucier du coût du déplacement induit).

Je continue aujourd’hui à assurer des ateliers le dimanche, mais je fais également partie du bureau de l’association en tant que secrétaire générale. Je suis tenue de coordonner les bénévoles entre elles et de rassembler toutes leurs idées pour faire grandir nos champs d’actions. J’ai par exemple vu naître le pôle de tandems linguistiques, qui jumelle directement une apprenante avec une bénévole, et permet un accompagnement plus personnel qui comprend aussi bien de simples échanges et discussions qu’une aide administrative. Par exemple, il m’arrive d’aider à inscrire un enfant de l’association au centre de loisirs de son école, ou d’accompagner une femme à la Caisse des Allocations Familiales. De plus, grâce au nouveau pôle « Un dribble pour tous », depuis deux ans, certains enfants de Azmari ont joui d’une de nos collecte de fonds pour être inscrits dans des clubs de football. Je pense développer cette année un partenariat avec les Conservatoires d’arrondissements de la ville de Paris pour en inscrire d’autres à la chorale d’enfants ou en danse à la rentrée prochaine. Aussi, l’association lance ce mois-ci une série de podcasts qui donne le micro à des femmes migrantes pour qu’elles racontent leurs parcours. Nous travaillons à l’amélioration de notre communication sur les réseaux sociaux pour informer nos lecteurs ou abonnés de la situation des migrants en France et en Europe.

Cette expérience me nourrit tant sur un plan humain et social que professionnel. Quand je suis partie en échange universitaire en troisième année de Licence, aller aux ateliers du dimanche et échanger avec les femmes et enfants de Azmari me manquait beaucoup. J’ai d’ailleurs maintenu le contact par téléphone avec certaines apprenantes qui m’écrivaient ou m’envoyaient des messages audio. Je suis heureuse de vivre ce partage et ces échanges riches de cultures si diverses et d’apprendre le travail d’équipe et la gestion d’un groupe dans ces conditions de bienveillance et de transmissions mutuelles. A l’avenir, j’espère continuer à élargir et diversifier nos engagements bénévoles avec les allié.e.s de notre cause, pour que notre soutien aux femmes migrantes et leur famille grandisse et s’adapte le plus justement possible à leurs besoins.

Septembre 2020