Claude Roubichou

 

Depuis 2010, Claude Roubichou est Directeur Musical de l’Orchestre Mozart de Toulouse. En 2015, il a accepté de devenir le tuteur d’un de nos lauréats autant passionné de musique que lui, Christian Dinse.

Quelles études avez-vous suivies pour accéder à votre métier ?
J’ai le privilège de vivre d’une passion : la musique.
J’ai le bonheur d’être flûtiste soliste de l’Orchestre National du Capitole depuis de nombreuses années.
Un jour j’ai répondu aux sollicitations de Stéphane Cardon, alors chef d’orchestre associé à Michel Plasson ; il me proposait de devenir son élève dans sa toute nouvelle classe de direction d’orchestre du Conservatoire de Toulouse, me disant simplement qu’il sentait quelque chose. Je n’ai pas posé de question, j’ai repris vingt ans après mon cartable d’étudiant pour suivre cours de direction, d’analyse, d’orchestration, de piano, d’harmonie, le cursus complet de la direction d’orchestre.
J’ai été très occupé mais aussi conquis par cet apprentissage que j’ai poursuivi à l’École Normale de Musique de Paris.

Quelles sont vos missions en tant que Directeur Musical de l’Orchestre Mozart de Toulouse ? 
Un flûtiste a besoin d’une flûte, un chef d’orchestre a besoin d’un orchestre.
Avec l’aide de l’Association AIDA (mécènes de l’ONCT) j’ai créé une formation de jeunes musiciens professionnels qui rassemblaient les anciens stagiaires d’AIDA auprès de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse restés dans la région : l’Orchestre Mozart Toulouse.
En tant que Directeur Musical de cette formation, je suis chargé de choisir les musiciens, de les rassembler, de solliciter organisateurs et partenaires pour créer une activité musicale pérenne, de travailler à la programmation des activités artistiques, de proposer programmes de concerts et solistes, d’imaginer aussi des formules actuelles et originales, et bien sûr d’assumer la Direction Musicale de l’orchestre ou de choisir de la déléguer à l’occasion.

Comment avez-vous connu la Fondation ? 
La Fondation Groupe Dépêche est devenue rapidement un partenaire privilégié de l’Orchestre Mozart Toulouse. Je me souviens avec émotion de la signature de la première convocation de partenariat entre Madame Marchant-Baylet et le Président de notre association. C’était un moment fort de la vie de ce nouvel orchestre. Nous nous retrouvions ensemble sur le projet éducatif d’accompagnement et de formation des jeunes musiciens en début de carrière.
Tous les ans un concert de prestige était organisé par la Fondation, sa Présidente ne manquant aucune occasion pour nous témoigner son amitié et son soutien dans notre action.

Vous avez été le tuteur de Christian Dinse pourquoi avoir accepté ce rôle et comment cela s’est-il passé ? 
Ces contacts ont été l’occasion de rencontrer Isabelle Sabatier.
Entre ariégeois le contact est facile. C’est elle qui m’a proposé de devenir tuteur d’un jeune lauréat musicien de la Fondation, Christian Dinse.
J’ai pris cette proposition comme une chance, celle de pouvoir me placer dans une chaîne de transmission et de responsabilité. La pratique artistique n’échappe pas à la règle : on apprend, on pratique, on transmet. Tout le monde n’a pas le privilège d’accéder à la troisième partie. Pour moi, la proposition de tutorat de la Fondation, c’était une chance.
Le jeune lauréat de la Fondation s’engage à réussir ou du moins à mettre en œuvre tous les moyens de sa réussite. Le tuteur fait le même engagement moral, la réussite de son filleul est son objectif, son engagement moral.

Christian s’est révélé très vite attachant, particulier et prometteur.
Attachant de par les difficultés de son passé, les épreuves qu’il avait déjà subies et surmontées tant bien que mal et malgré cela son optimisme, sa presque candeur, sa confiance.
Particulier parce qu’il n’était pas un étudiant « classique ». Il était jusque-là seul dans un parcours de vie difficile, dans un parcours d’études confus et sans objectif de réussite assurée.
Prometteur parce qu’il se montrait tenace, volontaire et farouchement disposé à réaliser ses objectifs.
Dans une vie d’avant, Christian avait été ariégeois lui aussi. Entre ariégeois le contact est facile (encore une fois).
Le tuteur, celui des tomates ou des arbres nouveaux en pleine croissance, qui protège du mauvais vent, qui donne l’espérance de la cueillette. C’est une belle image.
Voilà ce qu’il m’a semblé devoir être, devoir faire.
Christian a travaillé, parfois bien, parfois moins bien. Il s’est aventuré dans des chemins incertains pour finalement trouver sa route.
Mon rôle a été de l’accompagner, de le conseiller, de remanier quelques devoirs de fac à l’occasion, de le faire jouer dans mon orchestre, d’être à l’écoute de ses interrogations sans lui imposer mes points de vue, de l’encourager dans les moments de doutes, de lui offrir des moments de belle vie (un concert, un opéra, un restau, …).
Le monde artistique, en particulier musical est un petit monde à l’ambiance souvent ouverte amicale et conviviale, c’est aussi son piège.
J’ai accompagné Christian simplement en lui proposant les fruits de mon expérience, en m’efforçant de l’aider à se structurer dans le monde particulier où il souhaitait vivre, et surtout de le laisser rêver.
Et finalement il a rempli son contrat avec la Fondation, il devient musicien professionnel, il réalise son rêve.

Quels souvenirs gardez-vous de cette expérience ? 
Ces années de tutorat auprès de Christian ont été une aventure humaine très enrichissante pour moi, elles m’ont permis de revivre mon propre parcours d’étudiant, de jeune musicien, mes espoirs, mes doutes. J’ai été heureux et fier de pouvoir me placer dans cette chaîne de transmission, de pouvoir donner la main qu’on m’avait tendue un jour, d’avoir pu aider un jeune homme malmené par la vie à devenir un homme épanoui.
Tuteur de la Fondation : un bien beau cadeau de vie à partager.

Mai 2021